À la une… à la deux… à la troisième élection de l’année en Bulgarie

, by Alexis Vannier

À la une… à la deux… à la troisième élection de l'année en Bulgarie
Source Pixabay

La longue crise politique bulgare trouverait-elle enfin une issue? C’est la troisième fois depuis avril que les électeurs sont appelés aux urnes afin d’élire les 240 membres du Narodno Sabranie, l’assemblée nationale monocamérale du pays. Les deux précédents scrutins (avril et juillet 2021) n’ont pas permis d’obtenir une majorité claire ou une coalition solide pour gouverner le pays. Ces législatives se tiennent en même temps que le quatrième scrutin de l’année, à savoir l’élection présidentielle. Gageons que ce quatrième – et cinquième ! – tour concluera une séquence politique tourmentée.

L’élection présidentielle : un gage de stabilité

Alors que la machine législative est en panne depuis presque dix mois, les Bulgares étaient également appelés à voter pour la présidence de la République, ainsi que la vice-présidence, poste unique en Europe.

Lors du dernier scrutin de 2016, c’est l’ancien pilote de chasse et major-général, Rumen Radev, soutenu par le Parti socialiste bulgare (Bulgarska Sotsialisticheska Partiya) qui l’emporte facilement face à la candidate de centre droit du GERB (Graždani za evropejsko razvitie na Bǎlgarija), Tsetska Tsatcheva. La victoire de l’ancien militaire, favorable à un rapprochement de son pays avec Moscou, motive la décision du Premier ministre d’opposition Boïko Borissov de démissionner.

Rumen Radev, comme c’est souvent le cas des présidents dans des régimes parlementaires, bénéficie d’une bonne réputation et, alors que le pouvoir législatif est en panne depuis près d’un an, le chef de l’État semble être le seul garant de la stabilité politique et institutionnelle bulgare.

Avec près de 49% des voix, Rumen Radev est quasiment assuré de remporter le second tour prévu le 21 novembre prochain. Les Bulgares font ainsi le choix de la stabilité pour le siège suprême, et d’une opposition nette au GERB. Rumen Radev était soutenu par la plupart des partis antisystème.

Le principal opposant challenger du président sortant est le professeur d’histoire Anastas Gerdzhikov, soutenu par le GERB. À noter que l’un des candidats à la présidence, l’ultra-nationaliste Boyan Rasate, a été écartée de la course, après sa participation à la mise à sac d’un centre LGBT, secondés par des militants néonazis. L’extrême-droite, boutée hors du parlement, ne sait visiblement plus quoi faire.

La campagne pour la présidentielle est quelque peu éclipsée par celle des législatives, davantage axée sur la crise sanitaire et la vaccination (la Bulgarie affiche le taux de vaccination le plus bas de l’UE, 20%), ainsi que la crise énergétique (le pays est traversé par le gazoduc Turkstream, l’un des ponts énergétique russes évitant l’Ukraine).

Malgré sa démission, les législatives anticipées de 2017 ont renvoyé l’actuel Premier ministre Boïko Borrisov au pouvoir, pour une cohabitation mouvementée. C’est la perquisition des bureaux de la présidence dans le cadre d’une affaire de corruption, ordonnée par le chef du gouvernement début 2020 qui met le feu aux poudres et entraîne des manifestations importantes contre le gouvernement accusé de laxisme dans sa lutte contre la corruption.

C’est donc à partir de l’été 2020 que la situation politique du pays commence à se détériorer. Les immenses manifestations hostiles au pouvoir en place ont abouti non pas à la démission du premier ministre mais à la – légère – anticipation du scrutin législatif.

Recherche gouvernement désespérément

Tenue en avril 2021, l’élection a vu une forte poussée des partis anti-système ainsi qu’un recul logique des partis traditionnels, malgré une participation en baisse (49,1%).

Le GERB du Premier ministre Borissov perd près de 7% des voix et 20 sièges par rapport au scrutin de 2017. Avec un quart des votes en sa faveur, il ne sécurise que 75 sièges sur les 240 du Parlement. Surprise de ces élections, le parti Ima takăv narod (ITN), que l’on peut traduire par Il y a un tel peuple. Emmené par son leader charismatique, le présentateur Slavi Trifonov, ce parti populiste se hisse à la deuxième place du scrutin en lui attribuant 51 sièges (17% des voix).

Les socialistes engrangent la plus lourde chute de ce scrutin avec la perte de 37 sièges. Cette opposition traditionnelle recueille moins de 15% des voix (12,4%). Les libéraux du DPS, représentant la minorité turque du pays, dépassent, eux, la barre des 10% (30 sièges), quand la coalition pro-européenne et anticorruption Bulgarie démocratique la frôle avec 9,3% des votes et 27 sièges obtenus. Debout! Mafia dehors, une coalition de partis de gauche issue directement de la contestation de 2020 parvient à élire 14 députés. L’extrême-droite, surreprésentée jusqu’alors, n’est pas parvenue à proposer une alternative claire et est balayée de l’hémicycle.

Difficile de former une majorité avec un Parlement aussi morcelé. Après l’échec du GERB, le Président confie à l’ITN le soin de former une coalition. Son leader, Slavi Trifonov, avait déjà exprimé son refus de coopérer avec le GERB et le BSP, ainsi que de diriger le gouvernement à titre personnel. Seulement, ses potentiels alliés anti-systèmes ne sont pas assez forts pour parvenir à une stabilité. Ce deuxième échec sera suivi très vite du troisième (et dernier autorisé par la Constitution) des socialistes. C’est ainsi que de nouvelles élections sont convoquées pour l’été.

À l’issue de la deuxième élection législative de l’année en Bulgarie, ITN gagne 6% des voix et ravit la première place au GERB (65 et 63 sièges respectifs), le BSP continue de s’écrouler (-7 sièges, 36 obtenus) alors que la coalition Bulgarie démocratique gagne des voix et 7 sièges (34 au total) et colle aux basques des socialistes. Le DPS et Debout! Mafia dehors se stabilisent autour de 10% et 5%.

La situation n’évolue guère. ITN, galvanisé par sa première place refuse les négociations, tente le tout pour le tout et propose un gouvernement minoritaire, sans allié ! Cependant, miné par des désaccords intestins et la colère de ses potentiels alliés, ITN doit avouer son échec. Comme pour la première fois, GERB et BSP ne parviennent pas à conclure une alliance gouvernementale solide. Un troisième scrutin législatif est donc convoqué, organisé le même jour que le premier tour de l’élection présidentielle.

Baisse de la participation et de l’espoir bulgare

Devant ces tergiversations qui n’en finissent plus et l’incapacité de la classe politique à se mettre d’accord et faire des compromis, les Bulgares sont découragés. La participation, en baisse en juillet, s’est stabilisée autour des 40%. Surprise du scrutin, c’est la coalition sociale-libérale pro-européenne, Continuons le changement, regroupant notamment le parti transeuropéen Volt, qui capitalise sur un certain dégagisme, notamment d’un, et recueille un quart des voix. Désabusés par son manque de cohérence, les électeurs infligent une claque à ITN qui perd 14% de ses voix et passé sous les 10%. Le GERB, finalement, ne récupère pas la première place, et termine deuxième avec 23% des voix. Le BSP confirme son recul en convainquant à peine 10% des électeurs. Les libéraux du DSP recueillent près de 13% des voix alors que la formation issue directement des manifestations de 2020, renommée “Debout! Nous arrivons”, s’écroule sous les 5%. Les négociations qui s’annoncent pour former enfin un gouvernement s’annoncent évidemment compliquées. Si les partis échouent, les Bulgares auront encore plus de mal à se déplacer dans les urnes la prochaine fois.

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