Au bout de la nuit, la grande incertitude

, par Théo Boucart

Au bout de la nuit, la grande incertitude
La Maison Blanche. Crédit : Pixabay

ÉDITORIAL. Les élections américaines ont débouché cette nuit (heure française) sur un match particulièrement serré entre Joe Biden et Donald Trump. Il faudra attendre plusieurs heures, voire jours, pour savoir qui deviendra Président des États-Unis. Peu importe le résultat, l’UE ne peut plus compter entièrement sur l’Oncle Sam.

Au terme d’un véritable cirque électoral, les premiers résultats sont tombés : l’ancien vice-Président Joe Biden et le Président actuel Donald Trump sont au coude-à-coude, avec plus de 200 grands électeurs chacun. Le décompte des votes par correspondance (particulièrement nombreux en cette année de coronavirus) étant plus lent et sujet à plus de recours, il faudra certainement encore attendre quelques jours avant d’avoir les résultats définitifs.

Disons-le d’emblée, la victoire de Joe Biden serait un soulagement après quatre années de Trumpisme sinueux et le plus souvent destructeur pour le multilatéralisme international. Le milliardaire aura réussi, durant sa présidence, à s’attirer l’antipathie de bon nombre de ses alliés les plus proches, comme la France et l’Allemagne. La lutte contre les changements climatiques au niveau international est largement hypothéquée par sa volonté de retirer les États-Unis de l’accord de Paris de 2015. Enfin, même s’il n’y a eu aucune guerre engagée depuis 2016, les tensions attisées avec la Chine et l’Iran, mais également de temps en temps avec la Russie, auraient pu mener à un conflit plus ou moins ouvert. Une nouvelle victoire de Trump ne ferait qu’accentuer les problèmes susmentionnés.

Avec une telle course aux grands électeurs, il est également probable qu’une transition politique se fasse dans un climat délétère, très peu bénéfique pour la démocratie américaine.

Trump en destructeur de la démocratie ?

Donald Trump ne laisse décidément personne indifférent. Alors que certains (peut-être même une majorité) considèrent qu’il est l’un des Présidents ayant fait le plus mal à la démocratie américaine (de par sa rhétorique martiale vis-à-vis des minorités, des militants de gauche et de ses adversaires, sa volonté de censurer la parution d’ouvrages sur sa personne, ou son acharnement à détricoter les lois permettant à un maximum de citoyens américains de vivre décemment), d’autres affirment qu’il est le chantre de la protection des droits fondamentaux, de la libre entreprise, de la liberté d’expression et du pluralisme politique. Toujours est-il que la démocratie américaine est fragilisée par les fractures sociales qui n’ont fait que s’élargir ces quatre derniers années.

De nombreux commentateurs politiques craignent également que celui-ci ne refuse de reconnaître sa défaite en cas de résultat serré, comme il l’a plusieurs fois avoué lors de ses meetings. Le parti républicain serait également prêt à contester de nombreuses voix par correspondance. Un recours pourrait alors être porté jusqu’à la Cour suprême, rappelant alors le précédent de 2000 qui avait vu la victoire de George W. Bush. Une Cour à majorité conservatrice pourrait favoriser un tel cas de figure.

Quid de la « relation transatlantique » ?

La victoire de Joe Biden serait certainement considérée comme un véritable soulagement pour une grande majorité de dirigeants et de citoyens européens. En tout cas, les enquêtes d’opinion montraient un plébiscite des Européens en faveur de l’ancien vice-Président. Une nouvelle victoire de Donald Trump viendrait rappeler à quel point l’Union européenne doit se débrouiller dans un environnement de plus en plus hostile au multilatéralisme et aux alliances traditionnelles.

En effet, l’élection de Donald Trump en 2016 avait fait l’effet d’un électrochoc dans les sphères institutionnelles européennes : au vu de la dépendance stratégique du vieux continent vis-à-vis des États-Unis, il fallait que l’Union européenne prenne une partie de son destin en main, notamment en termes de défense. Malgré la lenteur des négociations, des instruments intéressants ont été imaginés et mis en place, comme la coopération structurée permanente (CSP). Pourtant, les domaines stratégiques ne se résument pas à l’armement, les enjeux énergétiques et climatiques sont de plus en plus significatifs dans la destinée du monde. De ce point de vue-là, l’action de Trump a été un vrai cataclysme et aura des conséquences durables.

En digne héritier de Barack Obama, Joe Biden devra renouer avec la diplomatie climatique américaine, en s’alliant avec l’UE, véritable leader en la matière. Quatre années supplémentaires de Trumpisme climatique hypothèqueraient certainement les derniers espoirs de sauver le climat et la civilisation humaine.

En somme, la relation Union européenne – États-Unis est importante, mais il faut savoir élargir les perspectives. C’est en ce sens que le haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Josep Borrell, a pris la plume pour mettre en avant « l’autre relation transatlantique » avec l’Amérique latine. Ce genre d’appel à développer les liens avec d’autres régions du monde doit être suivi d’actes.

Peu importe qui se retrouvera à la Maison Blanche, l’Union européenne doit absolument prendre son destin en main pour ne pas être définitivement marginalisée en ce XXIème siècle bien engagé.

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