Ces voisins qui nous agaçent

Ces voisins qui nous agaçent
C’est un accord entre Trump et Erdogan qui a permis au président Turc de mener son action. Crédit : Shealah Craighead/Wikimedia Commons.

Le 9 octobre dernier le gouvernement turc de Recep Tayyip Erdogan a lancé son offensive militaire contre les Kurdes de Syrie, fidèles combattants aux côtés des Européens contre l’État islamique. Un acte qui dégrade davantage la relation complexe entre la Turquie et l’Union européenne.

Le 9 octobre 2019 en milieu d’après-midi, le gouvernement turc de Recep Tayyip Erdogan a lancé son offensive contre les Kurdes de Syrie afin de créer une « zone de sécurité » de 120 kilomètres de long au sud de son territoire. Cette intervention avait été rendue possible par l’accord signé avec Donald Trump sur le retrait de ses troupes américaines.

« L’opération source de paix (nom de code) vise à neutraliser la menace terroriste contre la Turquie et de mener l’établissement d’une zone de sécurité afin de faciliter le retour des réfugiés Syriens dans leur pays. »

La menace terroriste contre la Turquie ? Mais qui sont ces rebelles que l’Etat turc veut pourchasser de sa frontière avec la Syrie ? Il s’agit d’« Unités de protection du peuple » (YPG en kurde) que le gouvernement turc considère comme un groupe terroriste en vue de son lien avec le PKK, le parti des travailleurs du Kurdistan en Turquie.

Des millions de réfugiés en danger

Cependant, même si le PKK est considéré comme un groupe terroriste par une grande partie de la communauté internationale, y compris l’Union européenne, le YPG y figure uniquement sur la liste du gouvernement turc. Le lien étroit que le PKK entretient avec le YPG depuis des années 80 peut expliquer la motivation de l’armée turque à entrer en Syrie afin de « neutraliser cette menace ». Mais ce n’est pas tout ! La Turquie accueille aujourd’hui plus de 4 millions de réfugiés Syriens propagés partout dans le pays mais surtout dans les grandes villes comme Istanbul et Ankara, qui commencent à tracasser le peuple turc dans un pays où le taux de chômage s’envole autour des 14 %. Par conséquent, le président turc entend bien renvoyer quelques 2 millions de Syriens dans leur pays que ce soit avec ou sans l’aide de ses homologues européens.

Bien que l’opération soit présentée comme une tentative d’établissement de la paix dans la zone, le discours tenu par le président turc ne semble pourtant pas convaincre ses voisins européens. Le mardi 22 octobre, Donald Tusk a annoncé que le Conseil européen condamnait l’action militaire de la Turquie en demandant le retrait des soldats turcs. Mais aujourd’hui ces condamnations n’ont aucun effet sur la politique étrangère turque. Le président Erdogan ne paraît pas être contrarié avec le soutien de l’armée russe et le président américain Donald Trump. Bien qu’un cessez-le-feu ait été mis en place suite au retrait des forces kurdes produisant un soulagement pour les dirigeants européens, le président turc n’a pas perdu de temps pour agacer le camp adverse.

Le problématique retour des djihadistes européens

« La Turquie n’est pas un hôtel pour les miliciens de "Daesh" qui sont des ressortissants d’autres pays », a déclaré le ministre de l’Intérieur turc, Süleyman Soylu. La question que tous les pays européens ont essayé d’éviter a enfin vu le jour. Que faire de ces ressortissants européens qui ont décidé de rejoindre les rangs de Daesh ? Parmi ces personnes nous comptons aujourd’hui onze Français et dix Allemands. Bien que le renvoi d’un djihadiste américain ait abouti à un échec le 11 novembre dernier, le débat sur le retour des terroristes fait déjà beaucoup de polémiques au sein des pays européens.

En somme il est très probable que l’UE ait fini d’entendre vociférer son voisin turc. La relation turco-européenne semblait pourtant être apaisée dès lors que le gouvernement turc avait accepté d’accueillir les réfugiés syriens en 2012, fermant ainsi sa frontière avec l’Europe dans l’objectif d’empêcher la fuite des migrants. Il s’avère malheureusement que cette entente n’a pas réussi à perdurer, balayant ainsi la possible réouverture des discussions concernant la candidature turque auprès de l’Union européenne. Le manque de considération européenne à l’égard de la Turquie dans la lutte contre le Daesh pousse le régime turc à renforcer ses liens avec d’autres voisins (parfois lointain mais puissant) en dépit de plus de vingt ans de négociations pour intégrer le « club » des européens.

La Turquie mène une politique agressive vis-à-vis de la question syrienne et continue d’agacer ses voisins de l’Union européenne. Par conséquent, le rêve européen de la jeunesse turque qui a grandi dans les années 90 semble s’éloigner de jour en jour.

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