Damian Boeselager : « Nous avons besoin de politiques transnationales »

, par Lorène Weber

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Damian Boeselager : « Nous avons besoin de politiques transnationales »

Damian Boeselager a été élu eurodéputé en Allemagne, pour la première fois. Agé de 31 ans et issu du parti transnational Volt Europa, qu’il a cofondé en 2017, il siègera au sein du groupe des Verts au Parlement européen. Le think tank Confrontations Europe s’est entretenu avec lui en amont de la première session du nouveau Parlement.

Quelle est votre analyse des élections européennes ?

D’abord, Volt Europa a un siège, ce qui me rend évidemment très heureux. Ensuite, la participation en hausse à ces élections est une très bonne nouvelle, parce que cela montre une hausse de l’intérêt général pour l’Union européenne, une meilleure appréhension de ce qu’il se passe en Europe, et une prise de conscience que nous ne devons pas céder le pas aux populistes de droite. Je citerais également la montée des partis verts par rapport aux partis plus traditionnels, comme cela a été le cas en Allemagne.

Quelles seront vos priorités en tant qu’eurodéputé nouvellement élu ? Quelles commissions parlementaires ou intergroupes rejoindriez-vous ?

Je souhaite vivement travailler au sein de la commission des affaires constitutionnelles (AFCO). Un point très important du programme de Volt, que nous avons défendu à travers le continent, est le besoin de réformer l’UE, de comment aller vers un fonctionnement de l’UE amélioré plus démocratique. Renforcer le statut des partis européens est pour moi l’une des priorités, et cela passe par une réforme électorale de l’UE, au vu des divergences criantes qui existent entre les différents Etats membres. En Italie par exemple, il faut rassembler 150 000 signatures pour pouvoir se présenter aux élections européennes. En France, il faut environ un million d’euros, parce que vous devez imprimer vous-mêmes les bulletins de vote : si vous ne pouvez pas faire ça, vous êtes tout simplement invisible. Ce sont des barrières à la démocratie, et c’est pourquoi nous avons cruellement besoin d’harmonisation. Cela sera une de mes priorités au sein d’AFCO.

Au-delà de ça, je travaillerai vers de plus grands changements vers une réelle démocratie parlementaire européenne, et cela nécessite des réformes des traités plus conséquentes.

Les autres commissions parlementaires que j’ai demandées sont celles reflétant le programme de Volt Europa, c’est-à-dire la commission de l’industrie, de la recherche et de l’énergie (ITRE), qui travaille sur l’avenir de la politique industrielle de l’Europe, et la commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures (LIBE), qui travaille sur la politique européenne d’asile et de migration.

Cet entretien a été réalisé en amont de la constitution des commissions parlementaires. Damian Boeselager est à présent membre des commissions AFCO et D-CA, ainsi qu’un membre suppléant des commissions BUDG, ITRE, LIBE et D-US. Davantage d’informations sont disponibles sur sa page d’eurodéputé sur le site du Parlement européen.

En tant qu’élu d’un parti transnational, pensez-vous que le Parlement européen est mûr pour adopter une dimension plus transnationale ? Vous avez signé le manifeste de l’Union des fédéralistes européens en amont des élections, cela s’inscrit-il dans une stratégie transnationale ? Ferez-vous campagne pour des listes transnationales aux élections européennes de 2024 ?

En tant que parti transnational, nous avons évidemment une stratégie transnationale. Notre création est profondément liée à l’idée que nous avons besoin de partis européens et de politiques transnationales, parce que le gros problème de l’UE est qu’elle est encore majoritairement conduite par des partis et des politiques nationaux, y compris au Parlement européen, et bien sûr au Conseil. De nombreux intérêts nationaux différents sont défendus dans les institutions européennes, et il y a un manque de réponses européennes à un certain nombre de problèmes.

De plus, notre vision est qu’il faudrait qu’un électeur ait un vote pour un eurodéputé de sa région ou pays, et un vote pour un parti européen. Nous militerons pour cela. Créer une liste transnationale avec les sièges laissés vacants par les eurodéputés britanniques après le Brexit, au lieu de les allouer à d’autres Etats membres, serait une première étape pour créer une sphère publique et un électorat plus européens. Mais c’est d’une réforme profonde dont nous avons besoin, et cela doit apparaître dans les traités et la loi électorale.

Ensuite, à travers les différents groupes, il y a des gens intéressés pour travailler à améliorer le fonctionnement de l’Union, bien qu’ils aient des priorités différentes sur la manière dont cela devrait être fait. Je pense qu’il pourrait être très intéressant de discuter avec les différents groupes et les différentes personnes au sein de ces groupes, pour voir où nous pourrions trouver un consensus pour aller plus loin que l’Union actuelle, ou bien nous verrons davantage de désintégration. Il faut oser aller vers davantage de démocratie, pour que les citoyens puissent voir comment la démocratie européenne fonctionne et est responsable devant leurs votes et leurs intérêts. C’est quelque chose que nous devons faire maintenant : cela est peut-être difficile, mais nous en avons assurément besoin.

Cet entretien a été originellement publié dans la Revue trimestrielle du think tank Confrontations Europe.

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