Elections européennes : scrutin européen, conséquences nationales

, par Paul Brachet

Elections européennes : scrutin européen, conséquences nationales
L’Assemblée nationale, en France, vide. ©Clément Baillon

La soirée du 9 juin devait se concentrer uniquement sur les résultats des élections européennes qui s’étaient déroulées du 6 au 9 juin à travers toute l’Union européenne. C’était sans compter sur les annonces en cascade des gouvernements européens, en particulier celle surprise d’Emmanuel Macron, appelant à de nouvelles élections législatives suite à l’annonce de la dissolution de l’Assemblée nationale.

En France, une (dis)solution brune

Dimanche soir, 20h. Les résultats tombent. Le Rassemblement nationale, parti d’extrême droite, obtient une victoire éclatante : plus de 31% des voix, soit le double du score obtenu par la deuxième liste française, celle de la coalition gouvernementale.

Quelques minutes plus tard, le Président de la République, Emmanuel Macron, fait une annonce imprévue. Il annonce en direct, à la surprise générale, la dissolution de l’Assemblée nationale. Une dissolution qui implique la tenue de nouvelles élections législatives, elles auront lieu le 30 juin et le 7 juillet, les députés étant élus dans chaque circonscription à deux tours.

La dissolution de la chambre basse du Parlement français doit être comprise comme un coup de poker alors que le gouvernement soutenu par Emmanuel Macron était minoritaire à l’Assemblée et qu’il s’est retrouvé discrédité par son bas score aux élections européennes du 9 juin, ceci alors que le gouvernement fut sur-impliqué dans la campagne de Valérie Hayer (candidate pour la liste de la majorité aux européennes).

Les nouvelles élections font craindre une percée de l’extrême droite. Une percée qui, au regard des derniers sondages, pourrait permettre au parti de Marine Le Pen d’obtenir la majorité et de constituer un gouvernement, une première depuis l’occupation nazie du pays.

En Belgique, la mort subite de Vivaldi

La France n’est pas le seul pays concerné par les dommages collatéraux des élections du 9 juin. En Belgique, c’est un Alexander De Croo en pleur qui annonça sa démission du mandat de Premier ministre. Les Belges étaient en effet appelés à voter pour leurs représentants européens, et pour leurs représentants fédéraux.

Le Premier ministre avait réussi à former une coalition gouvernementale en octobre 2020, après 494 jours de vacance du pouvoir. Une coalition appelée Vivaldi en référence aux Quatre saisons et à leur couleur. La coalition regroupait en effet pas moins de sept partis, des libéraux, aux chrétiens-démocrates, en passant par les socialistes et les écologistes. Une coalition baroque qui n’a pas survécu à la soirée du 9 juin, alors que le parti d’Alexander De Croo le Open Vld essuyait une lourde défaite.

Sa démission au poste de Chef du gouvernement belge replonge le Royaume dans l’instabilité. En effet, la coalition Vivaldi est née de la nécessité pour les forces politiques libérales de faire barrage à l’extrême droite flamande, dans un pays où le cordon-sanitaire est encore une réalité. Toutefois, la percée du Vlaams belang et du N-VA aux élections européennes et fédérales, qui totalisent à eux deux plus de 30% des voix, rend plus que compliquée la persistance du cordon-sanitaire.

En Hongrie, Tisza défit Orbán

En Hongrie, les élections européennes étaient couplées aux élections municipales. Un double scrutin qui avait l’allure de test pour le pouvoir en place. En effet, depuis mars 2024, le gouvernement de Viktor Orbán est chahuté par l’opposition fédératrice de Peter Magyar. Pour les élections européennes et locales, le dissident a créé son propre parti. Un parti de centre-droit, anti-corruption et pro-européen : Tisztelet és Szabadság (Respect et Liberté, abrégé en TISZA en référence au dernier Premier ministre libéral et démocrate du Royaume de Hongrie).

Pour Tisza et son fondateur, le 9 juin est une victoire. Peter Magyar devient eurodéputé, au même titre que six autres membres de son parti (la Hongrie dispose de 21 sièges). Que cela soit aux européennes ou aux municipales, il s’agit du pire score obtenu par le Fidesz, un désaveu total pour Viktor Orbán qui a tout fait pendant ses 14 ans au pouvoir pour marginaliser l’opposition interne.

Fragilisant chaque jour un peu plus le pouvoir en place, Peter Magyar vise désormais la victoire aux prochaines élections législatives du pays.

En Italie, le sacre européen de Giorgia Meloni

En Italie, c’est le gouvernement en place qui sort renforcé du scrutin continental. Le bloc de droite et d’extrême droite, membre du gouvernement de Giorgia Meloni, obtient un score supérieur à celui combiné des partis d’opposition. La coalition gouvernementale obtient ainsi 41 des 76 sièges réservés aux partis italiens.

La dirigeante du parti post-fasciste Fratelli d’Italia a exprimé sa joie et son contentement suite au dévoilement des résultats des élections. Plus que ça, elle a exprimé sa fierté d’être à la tête du “gouvernement ce pays le plus fort de [toute l’Europe]”. Pour Giorgia Meloni, les résultats des élections européennes consolident son assise en Europe. Le gouvernement italien est en effet le rare dans l’Union à ne pas avoir été désavoué par ses concitoyens.

Par son score aux élections, Meloni devient faiseuseuse de roi au sein de son pays, au sein du Conseil européen, ainsi qu’au sein du Parlement européen. Son groupe, les conservateurs et réformistes européens (CRE), devient en effet charnière alors que l’extrême-droite, le centre droit, et certains libéraux, italiens comme européens, n’excluent plus une collaboration approfondie avec Fratelli d’Italia.

La soirée électorale du 9 juin n’aura laissé au final que peu de scène politique nationale tranquille. La dissolution annoncée par le Président français a poussé les oppositions allemandes, espagnoles, estoniennes ou maltaises à demander la tenue d’élections anticipées dans leur pays respectif. Des demandes qui sont pour le moment plus rhétoriques que concrètes.

Cette article a été réalisé en partenariat avec Classe internationale.

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