Faut-il interdire les OGM sur le marché européen ?

, par Le Drenche

Faut-il interdire les OGM sur le marché européen ?
Crédits : © Union européenne 2011 / Source : Parlement européen, service photo. Manifestation pour une Europe sans OGM dans l’hémicycle du Parlement européen à Strasbourg, le 9 mars 2010.

S’informer

  • Qu’est-ce que les organismes génétiquement modifiés (OGM) ?

Les organismes génétiquement modifiés (OGM) sont des organismes qui ont été conçus ou altérés dans un laboratoire pour obtenir des traits et des caractéristiques désirées d’un produit. Les gènes peuvent être altérés et transférés au sein de la même espèce ou entre les différentes espèces. Aussi, des nouveaux gènes peuvent être introduits au sein d’une espèce et il est possible d’ajouter, altérer ou soustraire d’autres gènes endogènes d’un produit. La modification génétique peut être employée sur les espèces vivantes, comme des plantes, des bactéries, des animaux ou des humains.

Source : Encyclopaedia Britannica

  • Quelle est la politique européenne sur les OGM ?

La législation européenne définit les OGM comme “un organisme, à l’exception des êtres humains, au sein duquel le matériel génétique a été altéré de manière dont il n’apparaît pas naturellement par l’accouplement et/ou la recombinaison naturelle”. Aujourd’hui, les autorisations de cultures OGM sont délivrées au niveau européen. l’AESA, l’Autorité européenne de sécurité des aliments conseille les institutions européenne, collecte et analyse les données afin de mesurer les risques liés à l’introduction d’un produit sur le marché européen.

Sources : Commission européenne, AESA

  • Pourquoi on en parle aujourd’hui ?

Les OGM sont un sujet très controversé. Dans un contexte géographique changeant, de plus en plus de voix proposent les OGM comme une solution possible pour aider à garantir l’accès à la nourriture aux Etats pauvres. De plus, les OGM sont souvent cultivés en dehors de l’Europe et ils peuvent être importés sur le marché européen, servant principalement à l’alimentation du bétail.

Se positionner

Le principe du Drenche est de présenter l’actualité sous forme de débats. Le but est qu’en lisant un argumentaire qui défend le « pour » et les arguments du camp du « contre », vous puissiez vous forger une opinion ; votre opinion.

Le « POUR » OGM : Une fausse solution aux crises alimentaires et environnementales actuelles Le « CONTRE » La régulation ne doit pas écarter une technologie sûre et utile
Billet rédigé par : Madeleine Coste et Indre Anskaityte, Chargées de politiques alimentaires et de communication, Slow Food Europe (https://www.slowfood.com/sloweurope/en/) Billet rédigé par : Stefaan Blancke, Professeur assistant en psychologie de la science, Département de philosophie, Université de Tilburg (https://www.researchgate.net/profile/Stefaan_Blancke)
On devrait interdire les OGM sur le marché européen, car ils ne sont pas cohérents avec les systèmes alimentaires réellement durables, qui sont nécessaires pour remplir l’ambition européenne de combattre le changement climatique et de remplir les Objectifs du développement durable.

Les OGM ne fournissent pas les rendements de récoltes et les bénéfices promis



Même si seulement très peu de variétés d’OGM sont cultivées en Europe, notamment grâce à la législation européenne de 2003, nous continuons d’importer des quantités alarmantes des cultures OGM sous forme d’aliments pour le bétail. Cela est le cas malgré l’objection du Parlement européen aux autorisations d’importation et de culture dans l’UE de 36 OGM ces 4 dernières années (plus d’informations ici).

Nous allons maintenant défaire le mythe partagé par l’industrie, selon lequel les OGM vont aider à durablement “nourrir le monde”. Nous produisons plus de nourriture que nous avons besoin ; les raisons des famines persistantes sont liées aux problèmes d’accès à la nourriture, non pas à sa quantité.

De plus, il existe de plus en plus de preuves que les OGM ne fournissent pas les rendements de récoltes et les bénéfices promis. Au contraire, les OGM font partie d’une agriculture de plus en plus intensive, avec une approche généralisée de monoculture, qui contribue au changement climatique, à la perte de biodiversité et aux mauvais systèmes d’alimentation. Le modèle de culture OGM est aussi basé sur le glyphosate, dont l’usage excessif appauvrit les sols, en plus d’être toxique pour les humains.

Les OGM encouragent la concentration du pouvoir entre les mains d’une poignée d’hommes



Aucune recherche clinique rigoureuse ni indépendante ont prouvé que les OGM sont propres à la consommation humaine. En plus de ces risques, il y a les risques auxquels font face les milliers des travailleurs en dehors de l’UE et qui vaporisent les pesticides pour produire l’alimentation OGM importée par l’Europe pour nourrir le bétail.

Finalement, les OGM encouragent la concentration du pouvoir entre les mains d’une poignée d’hommes, comme les brevets permettent aux multinationales de garder la propriété sur les graines OGM, en privant les agriculteurs de leurs moyens de production.

La récente émergence des “Nouvelles techniques de sélection végétale” (NPBT) alimentent à nouveau le débat sur les OGM. En accord avec la décision de la Cour de Justice de juillet 2018, Slow Food maintient que les NPBT doivent être soumis à la même législation que les OGM. Ils présentent les mêmes risques, bien que l’industrie de biotechnologie fait tout son possible de les présenter comme une solution durable (plus d’informations ici).

En tant que mouvement alimentaire mondial, Slow Food travaille afin de créer un système alimentaire construit sur l’agroécologie, où les nutriments justes, bons et propres sont produits grâce à la diversité génétique. Le système alimentaire européen doit s’appuyer sur la biodiversité alimentaire, la diversité de cultures et des méthodes et le savoir-faire traditionnels – que les OGM ne pourront en aucun cas assurer.

Les OGM sont largement utilisés en Europe. L’insuline que les diabètes injectent quotidiennement est un produit issu d’OGM, il en va de même pour la présure utilisée pour fabriquer notre fromage, et pour de nombreuses variétés biologiques. De même, l’alimentation de notre bétail est largement importée et composée de produits OGM, et nos jeans et nos billets de banque sont fabriqués à partir du coton OGM. Cependant, les gens ne trouvent pas ces utilisations problématiques. Alors, la question posée paraît pertinente seulement pour l’utilisation agricole (d’ailleurs seulement très peu de cultures OGM sont cultivées sur les champs européens) et la présence des aliments OGM dans notre nourriture.

Cette technologie aide au développement d’un modèle d’agriculture durable



Depuis la fin des années 1990, les pratiques agricoles se sont heurtées à une opposition publique forte, alimentée par les préoccupations environnementales, socio-économiques et de santé. Néanmoins, les preuves scientifiques démontrent que la modification génétique est totalement sécurisée. C’est ce que l’on peut attendre d’une technologie qui permet d’altérer le code génétique des plantes avec bien plus de précision et de direction que les méthodes peu controversées, comme les techniques de sélection classique et de mutagenèse (qui bombarde les gènes avec des radiations !). De plus, la technologie aide à développer un modèle d’agriculture durable.

Qu’en est-il du coton OGM qui fabrique son propre insecticide et qui est utilisé par l’agriculture biologique ? Des pommes de terre OGM qui produisent une immunité naturelle propre, et qui se retrouvent parmi les variétés sauvages ? Ou bien, une papaye qui résiste aux virus ? Ces applications nécessitent non seulement moins, voire aucune diffusion de pesticides, mais elles sont également bénéfiques pour les petites fermes qui cultivent le plus de cultures OGM, que ce soit en termes de santé, argent ou d’émancipation.

La régulation ne devrait pas dépendre des convictions émotionnelles et quasi-religieuses



Quand est-ce que les Européens s’opposent aux produits OGM ? Les arguments négatifs et les représentations des OGMs font appel à l’intuition. Une image éditée montrant une tomate croisée avec un poisson joue avec nos suppositions essentielles sur l’ADN. L’idée de “Frankenfood” se greffe à l’idée populaire que la mère nature fournit, et le mieux serait de ne pas interférer dans ses plans. Ajoutez à cela le sentiment de dégoût en prétendant que les OGM causent tous types de maladies en contaminant l’environnement et vous obtenez un mélange fort de croyances politiquement influentes, mais dramatiquement fausses.

Les inquiétudes concernant les brevets et les multinationales ne sont que des rationalisations post hoc, comme elles ne s’appliquent pas exclusivement aux OGMs et certainement pas à tous les usages des OGMs. La régulation ne devrait pas dépendre des convictions émotionnelles et quasi-religieuses. La seule régulation qui fait sens est celle utilisée au cas par cas, et qui n’exclurait pas une technologie sécurisée et utile. La meilleure option est d’autoriser les OGMs sur le marché européen.

Ce débat a été initialement publié sur le site de notre partenaire Le Drenche / The Rift.

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