L’Union européenne attentive mais peu efficace face à la crise politique en Géorgie

, par Jérôme Flury

L'Union européenne attentive mais peu efficace face à la crise politique en Géorgie
Charles Michel, président du Conseil européen et Irakli Garibashvili, Premier ministre de Géorgie, le 16 mars dernier. Copyright : European Union

L’Union européenne n’abandonne pas la Géorgie, qui semble aller de crise en crise depuis octobre 2020. Charles Michel, président du Conseil, est personnellement intervenu tandis qu’un diplomate a été envoyé par l’UE dans un objectif de médiation. Mais les semaines passent et la solution ne semble pas encore avoir été trouvée.

14 janvier 2021, Giorgi Gakharia, Premier ministre géorgien, se montre optimiste sur Twitter : « J’espère que prochainement notre drapeau, le symbole de notre statut étatique sera hissé parmi les drapeaux des Etats membres de l’UE ». 21 mars 2021, Natalie Sabanadze, représentante de la Géorgie auprès de l’Union européenne, annonce sa démission sur facebook : « Ce fut une mission pleine de succès, mais aussi de défis et parfois de dilemmes moraux. Le temps est venu de passer à autre chose  ».

Entre ces deux dates, un nouvel épisode orageux - dans une crise politique qui se prolonge - a éclaté en Géorgie. Georgi Gakharia a démissionné le 18 février de son poste de Premier ministre, affirmant être en désaccord à propos d’une décision de justice, survenue la veille, demandant l’arrestation du leader de l’opposition, Nika Melia. Dans le pays du Caucase, la situation politique reste très compliquée depuis les élections législatives survenues en octobre dernier.

Alors que plusieurs manifestations se sont déroulées dans le pays fin février, Charles Michel a annoncé que Bruxelles était « préoccupé » par la « crise qui s’aggrave en Géorgie ». Il avait prévu depuis quelque temps se rendre sur place le 1er mars et n’a pas reporté son voyage, bien au contraire. Après avoir appelé depuis la capitale belge le gouvernement et l’opposition géorgienne au dialogue dans l’objectif de « désamorcer la situation », il s’est bien rendu à Tbilissi.

Une réunion s’est finalement déroulée dans la capitale géorgienne entre les partis d’opposition et le gouvernement. « Ce soir je suis fier car un bon pas, un important pas dans la bonne direction a été fait », estimait alors Charles Michel à l’issue de sa visite. Et la participation européenne à ces débats n’a, pour le moment, pas été perçue comme de l’ingérence.

L’Union et la Géorgie travaillent main dans la main

Badri Japaridze, chef du parti d’opposition Lelo, a en effet déclaré à l’AFP : « Je suis confiant dans le fait que le rôle personnel du président Michel et l’engagement de l’UE à haut niveau nous aidera à trouver une issue à cette impasse politique ». Il s’est également montré prudent sur la suite des événements. « Il va falloir travailler intensément et parvenir à des progrès significatifs au cours des deux prochaines semaines ». Quelques jours plus tard, le 8 mars, un diplomate suédois, Christian Danielsson, a été chargé par l’Union européenne d’une mission de médiation sur place.

Une semaine après, c’est un autre événement important dans les relations entre l’Union européenne et ce pays du Caucase qui a pris place. Un Conseil d’association UE-Géorgie s’est en effet réuni, le 16 mars 2021, sous l’égide de Josep Borrell. La délégation géorgienne étant conduite par le nouveau Premier ministre, Irakli Garibashvili. Cela faisait deux ans que les deux parties n’avaient pu tenir ce type de réunion, sixième du nom, la première remontant à 2014.

À l’issue de cette rencontre au sommet, à laquelle a aussi pris part le Commissaire européen à l’élargissement et à la politique de voisinage, Olivier Várhelyi, un communiqué de presse a été publié par l’UE. Dans l’ensemble, le texte souligne les efforts de la Géorgie pour satisfaire aux standards européens, et réaffirme la volonté commune d’approfondir l’intégration politique et économique de la Géorgie avec l’UE. Le pays de la toison d’or a également acquis un statut d’observateur auprès du Réseau européen des migrations.

Parmi les autres points positifs, le bon fonctionnement de l’assouplissement du système de visas à destination des Géorgiens pour leurs déplacements dans l’espace Schengen ces dernières années, et les efforts du pays pour garantir les droits de l’Homme et créer un système d’inspection du travail efficace. L’UE a également insisté sur le fait que l’État est un partenaire stratégique dans la région, notamment dans les champs de la politique étrangère et de la sécurité.

Problématiques intérieures et influence russe

Mais alors que la Géorgie a fait part de ses ambitions pour adhérer à l’UE à l’horizon 2024, d’autres sujets ont soulevé plus de remarques. C’est notamment le cas d’une réforme du système judiciaire. Du progrès est ainsi possible sur le “renforcement de l’indépendance et la responsabilité de la justice, tandis que le processus de nomination des juges de la Cour suprême doit être mis en conformité avec les règles européennes”. Le Conseil d’Association a également “profondément regretté la polarisation croissante de la vie politique en Géorgie”, demandant que des efforts soient menés dans une volonté de “désescalade de la situation et afin d’arriver ensemble à une base commune".

Dans les jours suivants, les choses ne se sont pas apaisées dans le pays caucasien. Le 23 mars au matin, Nika Melia, le chef du Mouvement national uni (MNU), a finalement été arrêté dans le local de son parti où il avait trouvé refuge. De son côté, Christian Danielsson est finalement rentré à Bruxelles sans avoir pu définitivement faire avancer la situation, de nombreux points restant en suspens. Et le 21 mars, alors qu’elle représentait la Géorgie au sein de l’UE depuis huit ans, Natalie Sabanadze a annoncé sa démission. Au quotidien Le Monde, elle a expliqué avoir eu, ces dernières semaines, des « désaccords avec le gouvernement géorgien ». « Tous nos dirigeants disent être pro-européens, mais il ne suffit pas de le dire, il faut l’être. »

Comme l’explique Euractiv, “bien que la Géorgie soit un pays où le parti au pouvoir et l’opposition affirment être pro-occidentaux, les contentieux sans fin jouent finalement en faveur de Vladimir Poutine, qui souhaite garder l’ex-république soviétique à distance de l’OTAN et de l’UE”. Et cela, l’Union le sait bien.

Le 21 janvier 2021, la Cour européenne des droits de l’Homme a rendu une décision condamnant la Russie pour des exactions commises dans les provinces géorgiennes d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud en 2008. Le Conseil d’association UE-Géorgie l’a rappelé en mars, exprimant d’autres inquiétudes concernant ces régions, particulièrement à propos de la “signature d’un programme sur la création d’un espace socio-économique commun entre la Russie et l’Abkhazie”. Le Conseil d’association a également rappelé à la Russie son obligation de respecter un cessez-le-feu décrété le 12 août 2008.

Une mission d’observation européenne qui se prolonge

C’est depuis le conflit militaire qui s’est produit il y a déjà près de 13 ans, qu’une mission d’observation de l’UE se déroule en Géorgie. Actuellement, ce sont 204 surveillants civils, issus de 24 pays membres, qui se trouvent dans des bureaux à Tbilissi mais également à Gori, Mtskheta et Zugdidi avec plusieurs objectifs à remplir. S’assurer que les hostilités ne reprennent pas. Faciliter le retour à une vie sûre et normale pour les communautés locales vivant des deux côtés de la ligne de limite administrative avec l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud. Construire la confiance entre les différentes parties et informer sur la politique menée par l’Union en Géorgie et dans la région dans son ensemble.

Une chose reste certaine, entre le pays du Caucase et l’Union européenne, le second restant le plus grand partenaire commercial du premier, les relations sont étroites. Et la présidente géorgienne, Salomé Zourabichvili, née à Paris et ancienne diplomate française, n’a jamais caché son attachement pour l’Union européenne, comme elle a pu le rappeler en janvier au cours d’un entretien avec les responsables européens. Le chemin est encore long.

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