La musique : dernier lien unificateur de l’Union européenne ?

Article paru à l’origine dans le Taurillon en Flam’s (n°19 / décembre 2020 - février 2021)

, par Maria Semenova

La musique : dernier lien unificateur de l'Union européenne ?
Lena Meyer-Landrut, vainqueur de l’Eurovision 2010 avec l’Allemagne. Photo : Aktiv I Oslo.no

Mais à quoi sert la musique ? Dans une année 2020 de crises, maintes pays européens la relèguent à la place peu flatteuse de biens non-essentiels. Pourtant elle occupe une place primordiale pour l’unité européenne.

Dénominateur commun de l’Europe

Impossible de trouver un thème unanime au sein de l’Europe ? Il en existe, mais on y pense rarement. Beethoven, Mozart ou Chopin ont conquis les cœurs des Européens bien avant la naissance de l’Union européenne. Bien avant Erasmus et l’espace Schengen, ils ont voyagé et se sont produits dans toute l’Europe. La musique, et l’héritage culturel en général, réunit davantage les Européens que n’importe quel projet politique.

La création en 1956 de l’Eurovision, le plus grand concours de la chanson à l’échelle européenne, précède le Traité de Rome qui met en place le marché commun en 1957. Le Royaume-Uni y participe dès le début, plusieurs années avant son intégration à la Communauté économique européenne, et ne prévoit pas de le quitter avec le Brexit. L’Eurovision fait fi des problèmes de valeurs, et de gouvernements, malgré certaines tensions géopolitiques bien décelables. Tous les pays qui se sentent européens sont autorisés à y participer, même le Bélarus, la dernière dictature, et la Turquie, avec laquelle l’Union européenne ne cesse d’avoir des tensions. Le domaine musical rend particulièrement pertinente la devise de l’UE : “Unie dans la diversité”, puisque c’est la diversité extraordinaire du patrimoine culturel des pays européens et de leurs musiques qui rend l’Europe si riche et attrayante.

Seulement 0,15% du budget européen

Pourtant au sein de l’Union européenne, la place accordée à la musique et à la culture est marginale. Elles sont prises en compte seulement en 1992 avec le Traité de Maastricht et le budget qui lui est accordé est ridiculement petit : seulement 0,15% du budget total de l’UE. Les évènements musicaux qui rassemblent l’Europe dans sa diversité se comptent sur les doigts d’une main.

Outre l’Eurovision, il y a la fête de la musique, événement français qui s’est européanisé à partir de 1985. L’Europavox, le festival promouvant la diversité musicale européenne qui se tient le 9 mai, pour célébrer le discours de Robert Schuman qui lança la construction européenne. Créé en 2006, il se veut un remède à l’euroscepticisme. Il y a l’hymne européen sans paroles, un extrait de l‘Ode de la Joie de Beethoven, pour être universellement compris par tous les membres. Mais il est aussi universellement ignoré par la plupart des Européens

On est très loin du “Putain, putain/C’est vachement bien/ Nous sommes quand même/ Tous des Européens” de TC Macit populaire dans les années 1980 et illustrant l’engoument pour l’Europe de cette époque. L’Europe est en crise, et le secteur musical l’est aussi. Ou vice-versa. La crise du coronavirus entraîne l’annulation de l’Eurovision et de l’Europavox et risque de pousser un tiers des professionnels à se détourner du secteur de la musique. Le départ du Royaume-Uni privera l’Europe de 1670 maisons de disques, pays qui en compte le plus. La musique est étiquetée bien non-essentiel en 2020. Pourtant elle est capitale pour l’Union européenne.

Redécouvrir une autre union européenne par la musique

Du point de vue purement économique, la musique représente 2 millions d’emplois et rapporte 82 milliards d’euros par an, d’après une étude commandée par la Fédération internationale de l’industrie phonographique (IFPI). Mais Frances Moore, directrice générale de l’IFPI, refuse de réduire la musique à une pure considération économique. « La musique est une pièce essentielle du puzzle européen, de l’identité et de la culture de l’Europe ».

Et si la musique était le lien fédérateur qui manque finalement à l’Europe ? C’est le pari qu’appelle à relever Jean-Noël Troc, auteur de “Et si on recommençait par la culture”. Replacer la culture au centre du projet afin de le rendre désirable aux yeux des citoyens. Un pari que veut relever le projet The European Union Songbook qui réunit dans un seul recueil 6 chansons les plus emblématiques de chaque pays membre pour “permettre aux citoyens européens de mieux se connaître". Dévoilé cette année, une occasion de découvrir, à l’heure où on peut plus rendre visite à nos voisins de l’autre côté de la frontière, “Der Mond ist aufgegangen", un classique allemand.

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