Les députés européens se sensibilisent sur le bien-être animal

, par Alexandre Duporte

Les députés européens se sensibilisent sur le bien-être animal
Crédit : Pixabay – Couleur / 2353 photos

Dimanche 24 novembre, près de 14 600 moutons mouraient noyés au large de la Roumanie, après que le bateau les transportant en Arabie saoudite ait coulé. Ce dramatique incident en mer Noire a mis en lumière les conditions de transport des animaux d’élevage vers les pays tiers. Un débat qui a animé le Parlement européen mardi 17 décembre, lors de la dernière session plénière à Strasbourg.

Des violations du droit européen

« Nul ne transporte ou ne fait transporter des animaux dans des conditions telles, qu’ils risquent d’être blessés ou de subir des souffrances inutiles » [1]. Rappelé par la députée européenne Julie Lechanteux (Identité et Démocratie), le Règlement européen sur la protection des animaux vivants pendant le transport est pourtant régulièrement bafoué par les exportateurs d’animaux d’élevage, que ce soit par bateau ou par camion. En août 2019, une proposition de résolution du Parlement européen avait déjà interpellé la Roumanie sur son traitement du bétail lors des transports vers les pays du Golfe et d’Afrique du Nord. La députée Karima Delli (Les Verts/ALE) a ajouté qu’en 2018, 70% des camions inspectés à la frontière bulgare ne respectaient pas la législation européenne.

Des conditions de transport inhumaines

Théoriquement, la législation européenne s’applique même une fois que les animaux ont quitté le territoire de l’Union européenne. Mais la réalité est tout autre. De nombreux députés, de tous bords, ont rappelé les conditions de transport des animaux d’élevage vers les pays tiers : absence d’eau et de nourriture, litières souillées d’excréments, surpopulation, durée de transport interminable, températures très élevées, morts d’épuisement, de déshydratation et de stress, animaux morts ou malades jetés à la mer sans leur identification. Et une fois arrivés, d’autres sévices leur sont imposés : yeux crevés, coups avec des barres de fer, animaux tirés par les cornes, a souligné Martin Hojsík (Renew).

La question de l’abattage rituel

Alors que chaque année, 1 milliard de volailles et 37 millions de bovins, cochons, moutons, chèvres et équidés sont transportés vivants à l’intérieur de l’Union européenne et vers des pays tiers, c’est le sort de ceux envoyés en Afrique du Nord et au Moyen-Orient qui inquiète. Déjà victimes de conditions de transport inacceptables, ils sont abattus selon le rituel traditionnel musulman. Alors qu’en Europe, l’animal est (théoriquement) inconscient lors de sa mise à mort, il est égorgé à vif là-bas. Pour certains députés Verts et Identité et Démocratie (ID), ces rites d’abattage halal ne sont plus dignes de l’Union européenne et sont la preuve d’un objectif de profit au mépris de la souffrance animale.

Des mesures réclamées par le Parlement européen

Pour faire la lumière sur la noyade des 14 600 moutons en mer Noire, les Verts et les Sociaux-démocrates (S&D) ont demandé l’ouverture d’une commission d’enquête. Parallèlement, de nombreux eurodéputés ont appelé à une réduction de la durée de voyage maximum à 8h, l’interdiction des exportations animales vers les pays tiers, et surtout à transporter la viande plutôt que les animaux vivants. Ainsi, les animaux devraient être abattus auprès des lieux d’élevage en mettant en place des abattoirs de proximité, mobiles ou à la ferme, comme l’a recommandé l’eurodéputé Benoît Biteau (Verts/ALE). De son côté, la Roumanie a déjà réagi. Le 4 décembre, le ministre roumain de l’Agriculture, Adrian Oros (Parti national libéral), s’est prononcé en faveur de la suspension des exportations d’animaux vivants vers les pays tiers. À moyen terme, de la viande congelée sera exportée à la place.

Reconsidérer la condition animale

Selon l’Eurobaromètre de 2016, 82% des citoyens européens disent vouloir améliorer la situation des animaux. Et les drames récents des conditions de transport des moutons roumains et des tigres italiens vers la Russie poussent les députés européens à se positionner sur la condition animale. Tous les groupes politiques, des quatre coins de l’hémicycle, ont plus ou moins dénoncé les traitements barbares inacceptables qu’ont subi ces animaux. Pour les Verts, l’eurodéputée Karima Delli a demandé que les animaux aient le droit au respect et à la bienveillance comme les êtres humains : ce sont des êtres sensibles et non des objets. Pour illustrer leur point de vue, plusieurs élus européens ont même rappelé l’esprit de la vision de Gandhi sur la condition animale : « On reconnaît le degré de civilisation d’un peuple à la manière dont il traite ses animaux ».

[1] Règlement 1/2005 Article 3

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